COP 24 : les engagements du CAUE 34

Un mois et demi après la conférence, nous vous proposons de faire le point sur les principales décisions prises.

Depuis leur création en 1977, les CAUE militent en faveur de l’environnement et de la préservation des milieux et des écosystèmes, tout en intégrant la qualité du cadre de vie des citoyens et leur santé.

Le CAUE 34 confirme aujourd’hui ses valeurs et son engagement.

Quatre grands points qui ont émergé de la COP 24 :

  • Suivi des engagements de réduction des gaz à effets de serre
  • Financements : nécessité de rapport des pays riches
  • Eviter les « pertes et préjudices »
  • Appel à une « transition juste »


Interview de Laurent GRANGÉ, urbaniste chargé de la qualité environnementale au CAUE 34.

Dans le sigle du CAUE, il y a le E pour environnement. Le CAUE 34 œuvre-t-il dans ses missions quotidiennes pour conseiller les citoyens, les professionnels, les élus locaux afin qu’ils diminuent leurs émissions de gaz à effet de serre ?

LG : En France entre 1990 et 2003, les deux principales sources d’émission des gaz à effet de serre (GES) sont les déplacements (29%) et les bâtiments (25%). Ce sont aussi les deux seuls secteurs à connaître une augmentation durant cette même période avec respectivement +22% et +5%. Toutes les autres sources (industrie, agriculture, déchets, feux de forêts…) étaient moins émissives et avec une tendance à la baisse !

Source : Un plan climat à l’échelle de mon territoire. Guide : dans ma collectivité, le changement climatique c’est mon affaire ! / ADEME

En 2007, le bureau EXPLICIT annonce même en Languedoc-Roussillon des chiffres pour 2006 de 40 % pour les transports et de 25 % pour les bâtiments. Pourquoi ces deux secteurs ne baissent-ils pas ? Avec l’héliotropisme, les Languedociens sont de plus en plus nombreux en région, toujours plus à se déplacer et à se déplacer de plus en plus loin ! Pour que cela change, il faut mettre en place des actions à l’échelle individuelle, et il faut également des décisions et des engagements politiques qui permettent à chacun de progresser.

Contrairement au secteur industriel, le bâtiment et le transport peuvent être un choix individuel direct. La plupart d’entre nous occupent un bureau, un logement et beaucoup se déplacent encore en voiture, souvent seuls.
Pour apporter une touche d’optimisme, notons tout de même que les variations des rejets des sept gaz à effet de serre se traduisent globalement, en France, par une baisse de 16 % des émissions en 2016, comparé au niveau de 1990.

Mais relevons également qu’en Occitanie en 2014 (derniers chiffres disponibles), l’agriculture occupe la seconde place au classement (30 %), derrière les transports (40 %), le bâtiment se situant toujours à 24 %. Moralité, il faut continuer d’agir, et aussi sur ses choix en matière d’alimentation (local, de saison, bio, moins de viande …) et de production agricole.

Source OREMIP : Les Chiffres-clés de l’énergie et des gaz à effet de serre – édition 2016

Comment le CAUE agit-il ?

LG : Au quotidien, le CAUE de l’Hérault accompagne les élus locaux dans leur choix d’aménagement et d’urbanisme, avec parmi ses objectifs de limiter les déplacements automobiles, essentiellement « l’autosolisme », c’est-à-dire une personne qui se déplace seule avec une voiture thermique (gasoil ou essence). La voiture électrique sans émission à l’échappement, contribue à améliorer la qualité de l’air en ville. Mais si elle pollue moins en roulant chez nous, elle pollue plus et ailleurs lors de sa fabrication, à cause des minerais nécessaires à l’électronique embarquée et à la batterie principalement. Le véhicule continue de déposer des particules fines (abrasion des pneus, des plaquettes de freins), et nécessite toujours des routes, des stationnements qui entraînent immanquablement l’imperméabilisation des sols.

« L’impact sur le climat d’un véhicule 100 % électrique se situe principalement lors de la phase de production (83 %) »

Quelle contribution du véhicule électrique à la transition écologique en France ? Décembre 2017 page 57

En France, l’électricité qui le fait avancer provient à 72 % des centrales nucléaires… En l’état, je pense donc que le seul véhicule électrique, en lieu et place du véhicule thermique, n’est pas LA solution pour l’environnement… et le risque de le croire est grand. Il constitue un nouveau maillon d’une longue chaîne de transition qu’il faut penser dans son ensemble. Par exemple il sera toujours plus vertueux de reporter dès que possible ses mobilités sur des modes de déplacements doux ou des formes de transports en commun plutôt que d’utiliser une voiture, aussi électrique soit-elle.

Le CAUE 34 peut aussi conseiller les collectivités à créer des équipements mutualisés à l’échelle de l’intercommunalité. Par exemple des espaces de bureaux partagés pour inciter au télétravail, et limiter des déplacements… Etant donné que tout le département l’Hérault sera à terme câblé en très haut débit (Hérault numérique), cela permettra plus facilement aux collectivités d’ouvrir ces lieux, où certains citoyens pourront travailler à distance, et sans s’isoler, avec du lien social.

Lors d’un accompagnement auprès d’une collectivité, les architectes urbanistes conseillers du CAUE 34 reformulent très souvent la demande initiale : faut-il vraiment créer un nouveau bâtiment ? Faut-il le faire là ? Avez-vous conscience de l’importance de la qualité des espaces publics attenants ? Avec la préoccupation omniprésente de limiter l’usage de la voiture pour se rendre à la mairie, à l’école, à la poste… afin d’accroître la qualité de vie au sens large.

Nos architectes conseillers incitent aussi à une construction bioclimatique frugale afin que son impact en matière de pollution et de consommation énergétique, tant pour sa construction que pour son usage, soit le plus faible possible, et qu’elle soit la plus confortable pour ses usagers.

Concernant la relation bâtiments / déplacements, nous avons participé à la rédaction d’une plaquette éditée par la Fédération Nationale des CAUE :

Ce document montre qu’il n’est pas si évident de mieux vivre en achetant un logement moins cher en s’éloignant de son lieu de travail… En contrepartie, on pollue, on paye plus cher en déplacements, avec le risque d’accident, de stress… Donc, se pose toujours la question de la pertinence de la localisation de son habitat.

Dans le cas d’un conseil sur une rénovation, personnellement, je place très haut le curseur pour gagner en confort. Dans 99 % des scénarios d’usages, une isolation thermique performante, pensée globalement, aura des répercutions multiples (économie d’énergie, confort, réduction de son impact environnemental, valeur patrimoniale augmentée) et constitue un placement en « bon père de famille ».

Les particuliers que vous recevez en consultation vous semblent-ils « sensibilisés » à l’environnement ?

LG : Chaque année, parmi les multiples particuliers que nous conseillons, je reçois en binôme avec un collègue architecte conseiller une trentaine de personnes souvent très renseignées. Dans le bâtiment, ce qui consomme le plus souvent (et pollue donc) c’est le chauffage. Mais comme on isole de mieux en mieux, le poste « sanitaire / eau chaude » tend à s’en rapprocher… Je recommande donc des efforts dans ce sens car les solutions existent. On peut utiliser un chauffe-eau solaire par exemple. En parallèle, avec le réchauffement climatique, la préoccupation du confort d’été devient elle aussi indispensable. Si dans le tertiaire c’est parfois déjà le cas, le risque est grand de voir dans les logements, de plus en plus les consommations liées au refroidissement, dépasser celles du chauffage ou de l’eau chaude sanitaire. Ce serait une erreur de ne se focaliser que sur le chauffage ! Il faut jouer sur tous les tableaux !

On parlait de bioclimatisme… Par le biais du dessin, avec une bonne conception, on limite voire on supprime les besoins en chauffage et en climatisation. C’est la démarche négaWatt : sobriété (une bonne conception), efficacité (dans le choix des matériaux, des équipements techniques) et l’usage d’énergies renouvelables… Mais inutiles sur des passoires thermiques !

L’accord de Paris prévoit que les pays développés aident financièrement les pays en développement à réduire leurs émissions et à s’adapter aux impacts des dérèglements. En quoi est-ce coûteux de limiter ses émissions de GES ? Quels conseils donnez-vous aux citoyens qui n’ont pas les moyens de s’engager dans cette démarche ?

LG : Pourquoi pensez-vous qu’il est coûteux de limiter ses émissions en gaz à effet de serre ? Avez-vous chiffré le coût de l’inaction ? Prenons le cas d’une maison de particulier : bien concevoir son logement, bien l’isoler, installer une chaudière performante et des panneaux solaires… Oui, cela représente un coût. Mais un coût en comparaison à quoi ? À pas ou moins d’isolation ? À des équipements énergivores ? La sobriété, l’efficacité et les énergies renouvelables peuvent sembler coûter cher à l’investissement. Mais qu’en est-il du confort, de la santé, de notre impact environnemental et des économies à la clef ?

Si on ne fait pas ces travaux, on fait certes une économie de départ, mais dés le premier jour, on consomme plus d’eau et d’énergie que si on ne les avait réalisés… Avec un confort moindre et en plus, en cas de revente, une perte financière car un habitat bien isolé et équipé en énergies renouvelables se vendra mieux. C’est un très bon calcul de se préoccuper de son confort thermique, hiver comme été, que ce soit pour vous, pour limiter le dérèglement climatique (encore pour vous), ou pour votre portefeuille face à l’augmentation du prix des énergies fossiles ou fissiles !

De la même façon, faire appel à un architecte est un bon calcul car le coût de sa prestation sera rentabilisée dés les premiers coups de crayon. Il vaut mieux investir dans de la matière grise que dans des équipements onéreux ou des factures mensuelles ! Encore une fois le bénéfice est double : on fait des économies et on limite l’émission des gaz à effet de serre.

Autre solution : réduire sa surface d’habitat ou mutualiser des espaces. Est-ce encore à notre époque raisonnable de construire des maisons de 170 m2 quand on y vit à deux 99 % de l’année ? Nous avons des exigences de confort parfois disproportionnées par rapport à l’urgence… Car comme l’explique l’astrophysicien Aurélien Barrau, l’effondrement de la biodiversité que l’on connait actuellement n’est pas tant dû au dérèglement climatique qu’à la disparation des espaces de vie et au fait que l’homme s’étale.

Avez-vous la possibilité de faire évoluer les choses au niveau national ?

LG : Oui, à travers la Fédération Nationale de CAUE par exemple, nous sommes en partenariat et sous convention avec l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) qui est liée à l’Etat. Une illustration : on accède à leurs formations et vice versa. C’est le cas pour les formations « urbanisme et énergie » ouvertes aux CAUE, aux ALEC (Agences locales de l’énergie et du climat), et aux Espaces infos énergie, de manière à croiser nos compétences.

La montée de la mer avec l’érosion du littoral, la sècheresse subie par nos agriculteurs est une réalité bien visible dans l’Hérault. Comment le CAUE s’implique-t-il pour trouver des solutions ?

LG : Je me souviens du terme qu’employait Monique Pétard, ex vice-présidente déléguée à l’environnement au Département de l’Hérault : l’Hérault est une sentinelle. Il fait chaud, nous sommes en bord de mer… Nous subissons avant les autres ce que d’autres territoires subiront prochainement. Nous avons la multiplicité des problèmes : sècheresse, vagues de chaleur, incendies, montée des eaux, érosion, salinisation, inondations, pollution de l’air, de l’eau, des sols, présence de zones humides, donc des maladies transmises par les insectes…
Il faut donc s’adapter !

Sur le littoral, il faut cesser de construire « classiquement ». Sans même parler des morts ou des blessés, le coût assurantiel des catastrophes climatiques est colossal. La canicule de 2003 ou la tempête Xynthia ont coûté aux assureurs respectivement 1,3 milliard et 1,5 milliard d’euros ou autrement écrit 2 800 000 000 € ! Et comme l’Hérault concentre beaucoup de risques, d’habitants et de tourisme, on doit trouver d’autres solutions. Par exemple l’occupation temporaire à l’image du principe des paillotes. C’est démontable, c’est réversible. La question à toujours se poser : comment fait-on de la qualité sur le littoral, sans lui nuire ni à ses occupants, compte-tenu de la montée des eaux ? Les réponses se doivent encore une fois d’être adaptatives.

Par rapport à l’agriculture, il n’a échappé à personne que l’Hérault est un territoire très viticole. Et il n’est pas toujours évident de se comprendre… Les viticulteurs disent : « Avec ses vagues de sécheresses, il faut de l’eau pour nos vignes ». Réponse des écologistes : « Certes, mais on a déjà du mal à trouver de l’eau pour boire… » – Les viticulteurs : « Oui mais on va faire des retenues collinaires » – Les écologistes : « Le problème c’est que ça dégrade la qualité des eaux, ça modifie les conditions climatiques locales, ça altère le régime hydrologique, ça impacte sur les paysages, les biens et usages à l’aval, etc. »

L’année dernière, le CAUE de l’Hérault a été très impliqué dans les PCAET (Plan climat air énergie territorial), une démarche de développement durable territoriale centrée sur la transition énergétique, obligatoire pour les EPCI de plus de 20 000 habitants avec une échéance à fin 2018.

Concernant les incendies, les terres autrefois agricoles qui ne sont plus exploitées aujourd’hui laissent place aux forêts, garrigues et donc augmentent le risque d’incendie à l’aide du cocktail sécheresse – vent. Les feux de forêts représentaient 6 % des émissions de GES en 2007 (cette catégorie n’apparaît plus dans les bilans récents). Quand le bois brûle, il libère notamment le CO2, capté en quantité équivalente. Personnellement, je milite pour la filière bois local ! En favorisant l’exploitation d’un matériaux local, on abaisse les risques d’incendie tout en réduisant l’impact environnemental et en développant des savoir-faire et l’économie des territoires. Cela vaut d’ailleurs autant pour le bois d’œuvre ou bois construction que pour le bois énergie. Dernièrement, j’étais invité au Comité de Pilotage de la mission d’animation Bois-énergie des communes forestières Occitanie. Grâce aux photos de l’Observatoire photographique du paysage du CAUE de l’Hérault, on voit nettement que la forêt prend le pas sur d’anciennes terres agricoles. Déontologiquement, le CAUE ne va pas cautionner l’artificialisation des sols, en remplaçant de la forêt par un parking par exemple. Mais quand la filière bois coupe des arbres et entretient durablement les couverts forestiers, cela est profitable à tous… Il n’y a pas que les arbres qui captent le CO2 et libèrent l’oxygène ! L’agriculture aussi !

Qu’appelle-t-on une transition juste ? Le CAUE est-t-il en capacité d’y contribuer et comment ?

Cette notion, pour moi, fait directement échos à la crise des « gilets jaunes », liée à des politiques publiques antérieures. L’étalement urbain est le piège dans lequel bon nombre sont tombés, devenant « esclaves » de leur voiture. En 2007, Nicolas Sarkozy défendait l’idée d’une France de propriétaires… Et bien avant lui déjà, en 1969, Albin CHALANDON, ministre de l’équipement et du logement de l’époque, annonçait le lancement « d’une grande politique de la maison individuelle, désormais à la portée de tous ». Les Français ont été rendus dépendants à ce modèle !

La France construit des voitures, toujours plus grandes et plus lourdes (la largeur moyenne des voitures augmente de 1 cm tous les 2 ans). Du coup elle « doit » construire des routes… Jusqu’au jour où cela ne fonctionne plus : les bouchons apparaissent, et avec eux, plus de pollutions, de dépenses en réseau, en éclairage public, en entretien, en sécurité routière… Plus on crée de routes, plus on crée de trafic ! C’est impensable de croire qu’en construisant une nouvelle route, on va limiter les bouchons. Exemple : le dédoublement de l’A9 dans l’Hérault qui bouchonne apparemment autant qu’avant.

« Ajouter des voies de circulation pour faire face à la congestion du trafic, c’est comme desserrer sa ceinture pour soigner l’obésité »

Lewis Mumford, dans un article paru en 1955. Source carfree

Pour revenir à cette notion de transition juste, les chiffres parlent : ceux qui payent le plus sont souvent ceux qui ont le moins de moyens. Tout le monde ne peut pas encore s’acheter de voiture électrique ! Pour autant, il serait faux de croire que ce sont les plus pauvres qui polluent le plus. Moins on a d’argent, plus on développe des stratégies qui permettent des usages économes (bien obligé !)

« Les moins riches utilisent nettement moins la voiture que les catégories supérieures : 38% se rendent au travail en voiture contre 70% pour les catégories les plus aisées. Au contraire, les moins favorisés recourent plus à la marche, au vélo et aux transports collectifs  »

Compte twitter de Mathieu Chassignet, Chef de projet Ecobonus mobilité à Lille Métropole

Une transition juste pourrait être en France de vouloir démocratiser l’achat de véhicules électriques. Mais avec cette action seule, on ne change pas de modèle, on regarde le problème par le petit bout de la lorgnette : on déportera(it) une grande partie des pollutions dans les pays en voie de développement qui exploitent les mines nécessaires à la fabrication des voitures électriques. Et ces pays (mais pas uniquement eux…) continueront de souffrir ! La transition juste ne s’arrête pas seulement aux pauvres et aux riches d’un même pays, c’est aussi d’un pays à l’autre. Le fameux « Penser global, agir local ».

Et maintenant que la COP 24 est passée, on fait quoi ?

Tous les rapports du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) sonnent l’alarme ! À tel point que de nouveaux courants voient le jour, comme le survivalisme ou la collapsologie.
Dans tous les cas, il faut arrêter de se leurrer et agir !

Le rôle de la COP est de prendre des décisions. Il y a déjà des orientations qui sont prises. Par exemple, les normes de pollution sont fortifiées, les constructeurs automobiles sont obligés de polluer moins. Le problème c’est la résistance aux changements et les stratégies déployées à l’image des logiciels truqueurs révélés par l’affaire du dieselgate. Nos véhicules polluent aujourd’hui en réel, presqu’autant que ce qu’imposait déjà la norme Euro 3 en 2000… Dit encore autrement, nos véhicules polluent aujourd’hui réellement 5,6 fois plus que ce qu’impose la norme en vigueur Euro 6.

Donc oui, il faut que des décisions soient prises (et imposées) mais il faut aussi voire surtout que chaque citoyen agisse en conscience. Les changements doivent provenir de tous horizons.

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde »

Gandhi

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