Paroles n°16 – Crédit photo : Frédéric Hébraud, CAUE 34

Remuant ciel et terre… crue ! La « parole » donnée aux artisans

Le 3 octobre dernier, le CAUE de l’Hérault accueillait Aymone NICOLAS, entreprise Terre et toile, Soudorgues (Gard), et Thierry VANVERT, entreprise 3PCo Scop, Montpellier, tous deux artisans membres de l’association ARESO, lors de la conférence Paroles d’artisans n°16. Après un tour d’horizon de la construction en terre crue, ils ont présenté et illustré devant une salle comble – 70 participants ! – trois techniques particulières. Lesquelles ? Découvrez-le au fil de cet article…

En France, le patrimoine de construction en terre se scinde en trois pôles de développement : la côte nord-ouest, de la Bretagne au Pas-de-Calais, autour du patrimoine en torchis et en bauge ; la région Auvergne-Rhône-Alpes autour du pisé ; et le bassin Toulouse-Montpellier-Limoux autour de l’adobe, du pisé, de la bauge, du torchis et des techniques mixtes.

« La France possède un beau patrimoine en terre » témoigne Thierry. Il existe cependant plusieurs obstacles au développement de la construction en terre : « Une faible culture générale sur la terre crue, un faible soutien institutionnel, des formations peu reconnues, un manque de référentiels techniques… »

Voilà pourquoi, suite à ce constat, cinq associations régionales françaises – ARESO, ARPE, AsTerre, Collectif Terreux Armoricain, TERA – ont travaillé pendant 5 années pour donner naissance en 2019 aux six guides de bonnes pratiques de la construction en terre crue : torchis, terre allégée, pisé, bauge, enduits (à télécharger sous format PDF) et briques (à venir).

Ces documents font référence à tous les milieux professionnels. Ils vont être utiles dans les formations, même s’ils n’ont pas encore de valeur juridique. « Nous sommes dans une phase préliminaire. Ils sont suffisants pour rédiger les CCTP, engager des assurances » précise Thierry.

Pour autant, ce travail n’est qu’un début ! « L’idée c’est que ces guides continuent à vivre » D’où le formulaire de révisions qui permettra aux utilisateurs de faire part de leurs idées, corrections…

Terre crue en vue !

Après cette introduction, Aymone prend le micro et présente les trois techniques que les deux artisans ont décidé d’illustrer : les enduits, le pisé et la terre allégée.

« L’enduit, c’est la technique de revêtement la plus pratiquée aujourd’hui en rénovation du patrimoine » constate Aymone. « On fait aussi beaucoup d’enduit sur bottes de paille. »

L’enduit peut s’acheter sous forme « prêt à l’emploi » ou on peut le faire avec des terres locales (application mécanisée ou manuelle). 

Construction Ecole Caminarem, Méjeannes-les-Alès (Gard), 2019, Fabrice Perrin, architecte /  Ossature bois. Enduit en terre projetée sur bottes de paille. La terre violette vient d’Uzès.

Concernant le pisé, assez peu d’entreprises l’utilisent en France, même si, selon Aymone, c’est « l’une des techniques préférées des architectes ».

Construction d’un foyer polyvalent à Châteaufort (Yvelines), Domaine d’Ors. Isolation chaux-chanvre. Crédits photos : mairie-chateaufort78.fr

Enfin, la terre allégée est un mélange d’argile et de fibres végétales (paille, chanvre, copeaux, balle de céréales, etc.), utilisée depuis les années 50 en Allemagne. C’est un matériau économique, local, renouvelable et qui stocke du CO2. On peut l’utiliser comme technique de remplissage d’ossature ou de projection sur un mur existant. « En comparaison du chaux-chanvre ou du béton cellulaire, la terre allégée est un matériau qui a un excellent cycle de vie, rentable, avec une grande inertie, donc elle offre un excellent confort intérieur, hiver comme été » précise Thierry. 

Malgré toutes ces qualités, elle reste encore peu connue…

Crèche de Thoiras, Gard, 2010

Crèche de Thoiras (Gard), 2010 – Cloisons séparatives de 14 cm et 20 cm en 800 kg/m3.

Atelier artisanal communal, Soudorgues (Gard), 2014 Atelier artisanal communal, Soudorgues (Gard), 2014

Atelier artisanal communal, Soudorgues (Gard), 2014 – 1800 briques en terre paille de 300 kg/m3 en ossature bois. Une expérience non réitérée car problème de stockage des briques. Mais très économique à produire !

Salle culturelle et tribunes, Monoblet, 2017. Y. Perret et F. Perrin, architectes. Salle culturelle et tribunes, Monoblet, 2017. Y. Perret et F. Perrin, architectes.

Salle culturelle et tribunes, Monoblet (Gard), 2017. Y. Perret et F. Perrin, architectes. Terre-paille banchée de 300 kg/m3 en ossature bois.

Rénovation individuelle Montpellier, 2018 Rénovation individuelle Montpellier, 2018Rénovation individuelle Montpellier, 2018

Rénovation individuelle Montpellier, 2018 – Corrections thermiques en terre-chanvre projetée de 15 cm. 

Après ces différents exemples, les participants de la conférence étaient invités à poser leurs questions. Un architecte de la salle ironise « Mais alors si la terre est un matériau économique, pourquoi c’est si cher de construire en terre ? » Réponse spontanée et immédiate de la part d’Aymone et Thierry : « Parce que c’est le temps humain et le savoir-faire qui coûtent ! »

Aujourd’hui, il n’y a que quelques entreprises qui proposent des constructions en terre, « et ce sont des petites structures ! » précise Aymone. « Elles ne peuvent pas répondre à des gros chantiers. En plus, on ne transporte pas la terre à travers toute la France ! » explique-t-elle. « Mais nous accompagnons les auto-constructeurs pour démocratiser les techniques… » Voilà une bonne nouvelle !

 

Plus d’infos ?

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